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ou encore des tests consommateurs vous attendent dans ce mensuel pour la modique somme de 0€.

Aux Art'mes, Citoyen !
novembre 2020
Gratuit

POUR LA CIVILISATION DU LOISIR
par Thierry Saunier   


Le couvre-feu, on le sait, commence dorénavant dans le Var dès 21 h ; cette mesure, peut-être nécessaire – ce n’est pas le lieu que d’en débattre ici –, mais dans tous les cas de figure sinistre, pourrait s’avérer plus triste encore si chacun de nous ajoutait à ce vaste renoncement collectif une multitude de petits renoncements individuels.
En effet, plus rien n’est censé surnager, selon l’idéologie politique qui sous-tend cet arsenal de précautions sanitaires – ou supposées l’être –, dans chaque citoyen que le travailleur et le consommateur : toutes les autres dimensions, sociales, affectives ou esthétiques, de la vie, autant dire l’ensemble des conquêtes sociales des trois derniers siècles, auront été impitoyablement arasées, non par cette pandémie, mais par la gestion politique de celle-ci. Conso-boulot-dodo, tel est le nouveau mantra de cette gouvernance à la fois puérile et terrifiante.
Mais consommer quoi, puisque tout est fermé, tout est interdit, tout est inaccessible, et que le reste est drastiquement limité, restreint, rogné ? No soucy, comme on dit dans l’Empire du cool : les GAFA – Google-Amazon-Facebook–Apple, auquel il convient d’ajouter le petit dernier Netflix – s’occupent de tout. Eux ne ferment jamais ; ils ne connaissent pas le couvre-feu, grâce à leur armée d’esclaves lugubrement surpayés, ou, à l’inverse, honteusement exploités, ainsi qu’à leurs toiles d’araignées mondialisées. Avant cette crise, ils étaient vos – et mes - instruments préférés ; à son terme, ils seront vos – nos - maîtres.
Le cinéma appartient de plain-pied à cet ancien monde que les multinationales ploutocratiques et hyper-connectées voudraient ensevelir sous un quadrillion de pixels. A ceci près que cet ancien monde, c’est nous autres, nous tous - les 99 %. C’est la raison pour laquelle chaque micro-décision engage chacun d’entre nous - et pour laquelle il convient de rappeler, inlassablement, que non, décidément, regarder « Capitaine Marleau » avachi sur son canapé ou, pire encore, « Avengers » sur une tablette – ou un smartphone -, ce ne saurait être équivalent à voir un film dans une salle de cinéma. Avant même de parler de qualité, enfonçons une porte verrouillée à double tour par les marchands, les industriels et les profiteurs de la consommation de masse : rappelons, benoîtement, la différence de support, de lieu, de décision.
Comme les cafés, comme les restaurants, pareillement visés par cette éradication programmatique de la vie socialisée, le cinéma est une conquête précieuse de la civilisation de loisir, qui définit et approfondit notre humanité bien mieux et bien plus profondément que ne le faisait la civilisation du besoin. La première a, du moins sous nos latitudes hospitalières et tempérées, avantageusement remplacé celle-ci. Cette crise sanitaire et sociale nous aura dramatiquement rappelé que ce loisir n’est pas un acquis, mais une conquête à réitérer et à reconfirmer : au cinéma, certes et tout d’abord, mais, par voie de conséquence, partout ailleurs aussi.     

 
                   

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